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Paul Dukas Oeuvres pour piano Hervé Billaut

Paul Dukas (1865-1935)

Oeuvres pour piano

La plainte, au loin, du faune…
Sonate en mi bémol mineur
Variations, Interlude et Finale sur un thème de Rameau
Prélude élégiaque (sur le nom de Haydn)

Hervé Billaut, piano

Peut-être avez-vous eu la chance de voir le pianiste Hervé Billaut, jouer la sonate pour piano de Paul Dukas, notamment à la folle Journée de Nantes, aussi, que le label Mirare, créé par René Martin, qui publie ce disque à l'occasion du 150° anniversaire de la naissance de Paul Dukas, ait choisi de l'enregistrer est une excellente, et logique, idée. Cet enregistrement a été réalisé dans un autre lieu, où Hervé Billaut a eu l'occasion également de jouer en concert cette gigantesque et très impressionnante, unique sonate, du compositeur : à l‘église du château de Rochebonne (Theizé en Beaujolais), où le pianiste organise un autre festival qui gagne en réputation chaque année.
Une sonate que trop peu d'organisateurs de concerts, aujourd'hui encore, programment. Il est vrai aussi que peu de pianistes se risquent à la jouer. Et l'on mesure que c'est d'ailleurs une véritable chance de pouvoir l'écouter, car le compositeur, très ( trop) exigeant, a détruit la plupart de ses compositions, et son catalogue ne dépasse pas la quinzaine d'opus , dont sept au piano, et la célèbre oeuvre symphonique "L'apprenti sorcier". Effectivement, comme le déclare Hervé Billaut à l'occasion d'un nouvel entretien à lire ci-dessous : " On peut regretter que Dukas, dans une exigence absolue envers lui-même, ait détruit nombre d'esquisses et d'oeuvres en cours de réalisation."
Et pourtant, nombre de ses contemporains, mais certes pas tous, n'ont pas manqué d'éloges à son égard... ainsi son élève Tony Aubin : « L’oeuvre de Paul Dukas élève à la gloire de la musique le monument sinon le plus vaste, du moins le plus accompli de son temps.», le pianiste Alfred Cortot, présent lors de la création de la sonate, en 1901, par Edouard Risler, déclara « Dans son oeuvre, la technique du clavier ne compte pas pour elle-même. Elle est un moyen de traduction, non un élément d’inspiration. Dans la Sonate, elle ne tend à l’ingéniosité du détail que pour les besoins du développement qu’elle fortifie et enrichit ». Debussy / M.Croche commenta : " Dukas sait ce que contient la musique ; elle n’est pas uniquement une chose brillante et sonore qui amuse l’oreille jusqu’à l’énervement : — compréhension facile où se rejoignent sans trop se heurter tant de musiques que l’on croit… différentes. — Elle est pour lui un trésor inépuisable de formes, de souvenirs possibles qui lui permettent d’assouplir ses idées à la mesure de son domaine imaginatif. "
Certains pianistes furent certes rebutés par sa longueur ( plus de 40 minutes) et son caractère parfois austère, et d'ailleurs Debussy, émit aussi quelques regrets sur sa difficulté... "« La sorte d’émotion hermétique qui s’y traduit et le lien rigoureux dans l’enchaînement réclament impérieusement une intime et profonde communion avec l’oeuvre… Elle est le résultat d’une ardente patience dans l’ajustement des pièces formant son armature et il est à craindre qu’on ne puisse aisément en suivre le jeu dans une exécution au concert. ». Quelques années plus tard, en 1920, deux ans après la mort de Debussy, Paul Dukas , composa " La plainte, au loin, du faune..." , en hommage à Debussy. Une oeuvre dix fois plus courte, mais néanmoins splendide, d'une émotion unique.
Auparavant, en 1909, il a composé , un autre hommage, également au programme de ce disque, "Prélude élégiaque sur le nom de Haydn", pour le centenaire de sa mort, une autre courte pièce, et effectivement, comme l'indique son titre, d'une grande mélancolie. Au programme de ce disque, s'ajoute un autre hommage, à Rameau, un compositeur qu'il vénérait. Une oeuvre plus étendue : "Variations, Interlude et Finale sur un thème de Rameau" et celle-ci reçut encore des éloges d'Alfred Cortot, ainsi ce commentaire des variations : "Sous les dehors de la perfection matérielle, le frémissement intraduisible d’une constante sensibilité » et cet autre commentaire du compositeur Vincent D'Indy "« Onze variations commentent diversement le thème – puis après un épisode largement développé où s’esquissent les éléments principaux de la douzième variation, celle-ci, formant le Finale, l’expose en un style sain et plein d’allégresse, pour aboutir, comme une sorte d’apothéose, au thème de Rameau que l’on dirait ici agrandi au module du monument dont il vient de fournir le sujet décoratif »,
Le lieu de l'enregistrement du disque, une église, outre pour ses qualités acoustiques, s'avère donc particulièrement adaptée aussi pour ces multiples hommages qui demandent un grand recueillement, et concentration. Et le pianiste Hervé Billaut, offre ici un très bel enregistrement, que ce soit de ceux-ci, comme de la sonate qu'il joue depuis des années, et semble pourtant presque improviser au fur et à mesure tant il s'y implique, lui donne un élan, et une profondeur, qui tient l'auditeur en haleine, tout au long des quarante minutes. Bravo !
Vous avez enregistré ce disque dans l'église du Château de Rochebonne, un lieu que vous connaissez bien puisque vous y organisez un festival de musique, qu’appréciez-vous plus particulièrement dans l’acoustique de ce lieu, et ses autres caractéristiques ?
L'acoustique de la Vieille Église du château de Rochebonne à Theizé possède une belle réverbération naturelle, avec l'avantage de ne pas donner l'impression que le son résonne indéfiniment, au point d'en perdre la clarté et la définition. Il n'est pas évident de trouver un lieu avec une acoustique naturelle équilibrée, l'effet "cathédrale" qu'on trouve habituellement dans les églises peut être désastreux pour un enregistrement. Bien que Rochebonne possède des qualités exceptionnelles dans ce domaine, la chapelle romane et son choeur gothique ont demandé à l'ingénieur du son un travail d'écoute et de recherche spécifique pour trouver l'emplacement idéal de l'instrument et des micros. C'est Cécile Lenoir qui a réalisé cette prise de son remarquable, chaleureuse et colorée, permettant de faire entendre toute la dimension orchestrale du piano de Dukas.
Rochebonne est aussi un lieu baigné d'une lumière naturelle singulière, peut-être due en partie à la pierre dorée avec laquelle l'édifice est construit comme tous les bâtiments anciens de cette région. S'ajoute à cela le cadre intime de la chapelle, et on comprendra que cet endroit favorise la sérénité et la concentration indispensables à des séances d'enregistrement.
Tony Aubin, qui fut l’élève de Paul Dukas, a dit : « L’œuvre de Paul Dukas élève à la gloire de la musique, le monument, sinon le plus vaste, du moins le plus accompli de son temps » que pensez-vous personnellement de ces propos ?
Il est certain que peu de compositeurs de l'époque de Dukas ont laissé à la postérité une oeuvre aussi concentrée (une quinzaine d'opus publiés) tout en abordant des genres aussi variés de la musique comme l'opéra, le poème chorégraphique, la symphonie, la sonate pour piano... Ces pièces, souvent en exemplaire unique, ont toutes marqué l'histoire du genre et apporté une pierre supplémentaire à l'immense édifice de l'évolution de la musique, même si ces oeuvres n'ont pas nécessairement révolutionné le langage musical de leur époque.  En ce sens, je suis d'accord avec Tony Aubin, mais on peut toutefois regretter que Dukas, dans une exigence absolue envers lui-même, ait détruit nombre d'esquisses et d'oeuvres en cours de réalisation.
Alfred Cortot, présent lors de la création de la sonate, a dit à son sujet « dans son œuvre, la technique du clavier ne compte pas pour elle-même. Elle est un moyen de traduction, non un élément d’inspiration. Dans la sonate, elle ne tend à l’ingéniosité du détail que pour les besoins du développement qu’elle fortifie et enrichit» … n’est-ce pas une caractéristique d’œuvres de nombreux autres compositeurs
Je pense que la réflexion de Cortot place la sonate de Dukas dans la lignée des grands compositeurs du genre qui tous ont dépassé, non seulement la tentation de la virtuosité pure, mais aussi celle de l'inspiration du moment, pour mettre ces éléments au service d'une conception qui les englobe et les sublime. C'est bien sûr le cas des sonates de Beethoven ou de celle de Liszt pour le piano, mais on peut également penser aux grandes constructions que sont la sonate pour violon ou le quintette avec piano de César Franck. Dans la sonate de Dukas, on peut ainsi entendre comment la technique pianistique est repoussée vers de nouvelles limites pour servir l'imagination fantastique du compositeur dans le troisième mouvement.

Cette œuvre dure 40 minutes et vous l’avez jouée plusieurs fois en concert, comment avez-vous vécu ces moments , et cela a-t-il été différent d’un concert à l’autre ? Et comment avez-vous enregistré celle-ci , l’avez-vous jouée entièrement plusieurs fois, ou par mouvement , et comment avez-vous vécu cet enregistrement ?...
Jouer la sonate en concert est toujours une aventure dont le dénouement paraît bien incertain au moment de s'y lancer ! Edouard Risler, qui l'a créée, avait paraît-il coutume de dire en sortant de scène: " eh bien, je peux mourir maintenant". En même temps, il y a quelque chose de galvanisant à traverser ces univers successifs, comme dans une saga fantastique qui pourrait être littéraire ou cinématographique, et de parvenir à l'apothéose finale après avoir passé les trois "épreuves" précédentes avec une émotion renouvelée à chaque concert.
Pour autant, il n'était pas question de l'enregistrer d'un bout à l'autre, sauf à envisager de faire un CD live à l'occasion d'un concert : l'énergie requise pour l'enchaîner n'aurait pas permis de le faire plusieurs fois de suite, ce qui est le cas lorsqu'on travaille en studio. J'ai donc fait le choix d'enregistrer mouvement par mouvement pour permettre d'entrer au plus près de l'essence de chaque univers tout en veillant à préserver la spontanéité du vécu sur scène.
L’oeuvre qu’il a composé deux ans plus tard a une curieuse structure , notamment un interlude qui vient juste avant le finale…
Je pense que vous évoquez les Variations, Interlude et Finale sur un thème de Rameau, une œuvre à l'opposé de la sonate par ses dimensions, dans la mesure où chaque variation ne dure pas plus d'une ou deux minutes, alors que le plus court des mouvements de la sonate dure près de neuf minutes. De plus, il s'agit là d'un monde musical totalement différent dans lequel Dukas, à la manière de Beethoven dans les variations Diabelli, s'approprie un court menuet de Rameau pour nous en proposer des miniatures aux caractéristiques très variées, l'occasion de rendre hommage à la musique française, son esprit et sa clarté. L'Interlude et le Finale ne sont d'ailleurs que des variations plus développées qui s'enchaînent aux précédentes. Si l'Interlude évoque une forme plus libre, dans le style d'une improvisation, le Finale, vif et dansant, amènera le retour du thème original de Rameau pour une apothéose à la lumière printanière.
Ces deux autres œuvres sont plus plus courtes, et en fait des hommages  à deux autres compositeur : Debussy et Haydn, que peut-on percevoir de spécifique à son propre
style dans ces hommages ?
Il se dégage de ces deux pièces une nostalgie propre à la musique de Dukas, rendue par un langage tout à la fois épuré et riche d'harmonies savamment choisies pour créer un espace sonore en constante vibration. Si la gravité et le recueillement sont la marque du Prélude Élégiaque , la musique de Debussy semble apparaître en filigrane dans La Plainte au loin du Faune, comme la main tendue de Paul Dukas à son ami disparu.
Quels sont vos prochains concerts  et /ou autres projets ?
20 mai : enregistrement de l'émission "Notes du traducteur" avec Philippe Cassard sur la sonate de Dukas
30 mai : participation au Concert des 30 ans de l'Orchestre des Pays de Savoie à Chambéry avec le Concerto Jeunehomme de Mozart
13 juin : Festival "Musique en Minervois" avec Marianne Piketty et Delphine Haidan
1er juillet : Ouverture de "l'Estival de la Bâtie d'Urfé" à l'Opéra-Théâtre de St Etienne avec l'orchestre de St Etienne-Loire et le Concerto K488 de Mozart
et
Deux concerts Dukas cet été:
15 juillet: Festival Toulouse d’Été, au cloître des Jacobins, programme Paris 1900 (Debussy, Ravel, Chausson et Dukas)
30 juillet: Festival de la Roque d'Anthéron, au temple de Lourmarin

Pour écouter
Paul Dukas (1865-1935)
Sonate en mi bémol mineur
1er mvt - Modérément vite

avec l'aimable autorisation
du label Mirare
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