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BACH pour Pâques Trois disques au PIANO

Les pianistes le disent souvent : la musique de Bach est leur "pain quotidien" , et la production discographique de ce premier trimestre 2015, montre que nombre d'entre eux ont envie de partager ce pain, qu'ils soient de première fraîcheur, ou longuement pétris, tous sont divins, et Pâques est une bonne occasion pour les découvrir, avec joie, et avec des extraits joyeux ! ... Ainsi ce mois-ci sont sortis deux disques, d'un pianiste très expérimenté dans ce répertoire : Piotr Anderszewski , qui a déjà enregistré multiples disques de ce compositeur, ayant reçu de nombreuses récompenses, celui-ci paraît sous le label Warner Classics, et le pianiste de 21 ans : Rémi Geniet , dont c'est le premier disque, qui paraît sous le label Mirare. A ceux-ci, il convient d'ajouter, parmi les récentes parutions, un autre disque également du label Mirare, celui de Claire-Marie Le Guay, dont c'est aussi le premier disque qu'elle consacre à ce compositeur, mais a déjà, vous le savez, un parcours riche en disques remarquables, tous récompensés par la critique et elle a récemment réalisé un concert-conférence autour de l'oeuvre de ce compositeur.

On peut d'ailleurs lire dans le livret de son disque, rédigé par Gilles Cantagrel, que Chopin, selon le témoignage de Franz Liszt, avouait "(avant un concert) je me cloître pendant quinze jours et je joue Bach. C'est ma préparation , je ne travaille pas mes compositions" et que Schumann conseillait aux apprentis de jouer Bach " Faites votre pain quotidien de son "Clavier bien tempéré". Il fera de vous, à lui seul, un bon musicien."
Au-delà de son "Clavier bien tempéré" , les pianistes ont fait de leur pain quotidien nombreuses autres de ses oeuvres, ainsi aucun de ces trois disques ne comporte d'extrait de ces deux cahiers. Claire-Marie Le Guay et Rémi Geniet ont composé chacun un programme varié personnel, et Piotr Anderszewski , qui avait ,en 2002, enregistré trois partitas, n'a pas choisi les trois autres, mais trois suites anglaises, qui complètent par contre celle( la sixième) qu'il avait enregistrée dans un disque multi-compositeurs en 2004.

Johann Sebastian Bach (1685-1750)

English Suite No. 3 in G minor BWV 808
English Suite No. 1 in A major BWV 806
English Suite No. 5 in E minor BWV 810

Piotr Anderszewski, piano

Bach a composé deux recueils de six suites, dites "anglaises " pour l'un, et dites "françaises" pour l'autre. En fait, à l'époque baroque, les Suites étaient très prisées par les français et les allemands. Dans la tradition des clavecinistes français, la suite consistait en un choix assez libre de danses et pièces de caractères. Et dans la tradition allemande, l'on fixa quatre danses principales : l'allemande, la courante, la sarabande, et la gigue. Ces suites consistaient en une séries de danses unifiées par la tonalité, mais dont il fallait souligner le caractère distinctif au moyen du tempo, du rythme et de l'écriture.
Les suites "Anglaises " se distinguent essentiellement par le fait que les premières débutent par un long prélude, avant la série de danses qui suit. Et ce recueil de Bach est unique, explique Mark Audus, auteur du livret, en ceci qu'il mêle des mélodies "galantes" dans le style raffiné des français, des éléments concertants et virtuoses à l'italienne dans les préludes, et une écriture contrapuntique à la manière allemande. En fait chacune des suites anglaises suit la tradition allemande , explique-t-il encore. Bref de quoi se perdre ! ... Selon certains le qualificatif "anglaises" seraient du au fait que le compositeur les a faites pour un anglais, mais peu de choses viennent corroborer cette affirmation et en fait Bach les nommait " Suites avec leur prélude pour clavecin"....
A propos de clavecin, l'on ne s'interroge plus vraiment à notre époque sur la légitimité de jouer les oeuvres de Bach sur un piano moderne tant de pianistes le font, par contre le pianiste Piotr Anderszewski confie : "Je garde toujours à l’esprit que le clavecin était l’instrument à clavier le plus populaire du vivant de Bach. Mais je ne veux surtout pas essayer d’imiter le son du clavecin, sinon je jouerais du clavecin ! Ainsi voici le paradoxe : tenir compte des limites du clavecin tout en exploitant toutes les possibilités expressives du piano moderne. Ce qui est merveilleux, c’est que le piano moderne peut suggérer tant d’instruments différents comme la voix, l’orchestre, les percussions et… le clavecin. Jouer Bach est donc d’abord une affaire de pouvoir de suggestion"
A écouter ce disque, on mesure que le grand pouvoir de suggestion du pianiste ne réside pas essentiellement dans le fait de nous laisser imaginer un clavecin sous ses doigts, mais plus dans celui de faire chanter multiples voix qui ont une véritable distinction, grâce à la subtilité des nuances : il offre tantôt un son d'une douceur ouatée, tantôt très éclatant, non seulement dans des danses différentes, mais surtout en les combinant à souhait dans un contrepoint, et les couleurs de chacune d'elle, leur timbre particulier, se juxtaposent ainsi avec une telle différence que l'indépendance des chants est exaltée, et l'ensemble d'une magnifique clarté.
Piotr Anderszewski , s'exprime aussi uniquement au sujet de la première suite, pour justifier l'ordre particulier qu'il a choisi de donner aux deux "Courantes" ainsi il indique plus particulièrement : " Quand toutes les reprises sont observées, la structure de la version révisée peut paraître quelque peut maladroite, l'équilibre formel de la suite étant faussé par la taille du groupe des Courantes par rapport aux autres mouvement. Omettre les reprises pour résoudre ce problème n'était pas pour moi une option satisfaisante, j'ai choisi de jouer les courantes telles qu'elles figurent dans le BWV806a ( c'est à dire sans le double I, dont je reprends néanmoins certains éléments dans la reprise de la variation de la Courante II) . Quant au reste de la suite, j'ai utilisé la partition révisée de BWV806. Il me semble que cet agencement des courantes rend l'évolution dramatique de la suite plus cohérente et plus convaincante."...c'est dire toute la réflexion qu'il a mené autour de cette oeuvre, et ces Courantes ont en fait une apparence très majestueuses sous ses doigts. Cette photographie de l'intérieure du livret est peut-être symbolique de sa réflexion, quoique elle peut aussi évoquer la paix intérieure que l'on ressent plus particulièrement à l'écoute des mouvements lents des Suites, et puis ne cherchons donc pas de signification aux images, et écoutez plutôt la "gigue" de la cinquième suite anglaise qui vous apportera beaucoup de joie  !
Piotr Anderszewski n'a pas de concert à venir en France, puisqu'il vient d'en donner un seul à Paris, à l'occasion de la parution de ce disque, mais après une tournée en Autriche, il sera au Canada , ainsi il jouera avec l' Orchestre symphonique de Montréal sous la direction de Kent Nagano le Concerto pour piano no 25 en do majeur, op. 46, K. 503 de Mozart les 12 et 14 mai 2015 à la Maison symphonique de Montréal, et à Toronto le 13 mai.

Pour écouter
Bach
"Gigue" - Extrait de la Suite anglaise n°5
Piotr Anderszewski, piano
avec l'aimable autorisation
du label
Warner classics
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Johann Sebastian Bach (1685-1750)

Concerto italien BWV 971
Capriccio sur le départ du frère bien-aimé en si bémol majeur BWV 992
Sinfonia n°11 en sol mineur BWV 79
Partita n°1 en si bémol majeur BWV 825
Invention n°14 en si bémol majeur BWV 785
Fantaisie chromatique et fugue en ré mineur BWV 903

Claire-Marie Le Guay , piano

Claire-Marie Le Guay a choisi d'offrir un portrait de Bach et de dévoiler multiples facettes de ce génie : improvisateur virtuose, pédagogue, bâtisseur de cathédrales sonores, et en préambule au texte du livret du disque, rédigé par Gilles Cantagrel , auteur de multiples livres sur la musique de Bach, la pianiste déclare :" Comme un arbre, la musique de Bach prend racine dans la terre et s'élève vers le ciel. Jouer Bach, c'est se retirer de soi-même pour lui laisser toute la place. Ce cheminement profond , essentiel, est porté par l'émerveillement de son génie."
En l'occurrence c'est sur la terre italienne que Claire-Marie Le Guay a choisi de faire prend racine ce voyage, avec le "Concerto italien", sans "l'ouverture à la française" avec laquelle il a été publié pour constituer la seconde partie du Klavierübung. Préférant ainsi " à la fois la passion solaire du musicien pour l'Italie qui éclate, avec ce style nouveau qu'il avait si rapidement adopté, mais aussi pour l'ivresse de la virtuosité digitale". Et si, là non plus, la question du piano plutôt que du clavecin ne se pose pas, ce sont les cordes du violon, qui raisonnent ici puisque l'oeuvre se veut un arrangement d'un concerto pour violon dans le style du compositeur italien Vivaldi. Vous pourrez écouter le troisième mouvement "Presto" et vous y retrouverez tout ce que l'on peut aimer aussi tout simplement dans les concertos pour clavier et orchestre de Bach : ce rythme de danse si enthousiasmant. Certes un mouvement centrale andante y a aussi sa place , et l'émotion qui prend alors toute sa place, a aussi tout pour ravir nos oreilles.
Une émotion en fait très présente dans la suite de ce "voyage/portrait"... ainsi avec le Capriccio sur le départ du frère bien-aimé qui suit, composé probablement alors que Bach n'avait que 19 ans, et où en six brefs mouvements nous assistons au départ du frère que ses amis tentent de dissuader d'entreprendre un voyage à l'étranger ( certes pas vers l'italie mais la suède où il s'était engagé comme hautboïste auprès du roi). Une oeuvre à thème donc et d'autant plus que chacun des mouvements est précédé d'un sous titre évocateurs, quatre en allemand et deux en italiens, ceux-ci s'avérant moins tristes que les quatre précédents surtout lorsque le cor sonne le départ du postillon et que l'attelage fuit toujours au son du cor !
La sinfonia n°11 et l'invention n°14 sont des pièces que l'on dit "faciles"... Tout dépend où l'on place la facilité ... s'il s'agit de le technique exigée par des accords ou trilles complexes ou la vitesse , certes elles sont "faciles", mais à en écouter diverses interprétations, ou avoir soi-même joué ces pièces, l'on sait la véritable difficulté que représente d'en sortir justement la beauté intrinsèque, et Claire-Marie Le Guay en exalte la poésie pour la première et le chant pour la seconde.
Avec la partita n°1, suite de danses, le voyage se poursuit sur diverses terres européennes : en Allemagne avec le prélude et la bien -nommée "allemande" , suivi d'une "courante" à l'italienne, une "sarabande" et des "menuets" à la française, une "gigue" à nouveau à l'italienne. Des danses au tempérament aussi différents que celui qu'on imagine des habitants de ces pays !
Enfin avec la splendide Fantaise chromatique et fugue en ré mineur, la musique s'élève vers le ciel : " La fantaisie est est articulée selon les périodes de l'oraison funèbre, telles que la définissent les règles de la rhétorique dont Bach est imprégné. L'irruption au coeur du discours du choral " Ah qu'elle est vaine, qu'elle est fugitive la vie humaine" confirme l'hypothèse. Tout porte à croire que l'oeuvre a été composée en 1720, sous le coup de la disparition brutale de Maria Barbara, la première épouse du compositeur. La Fantaisie est bien cette déchirante déploration, après quoi la Fugue, d'abord mystérieuse, presque laborieuse, développe une formidable énergie pour progresser obstinément vers une reconquête de soi sur la douleur"... ou autrement dit, une élévation de l'âme, qui conclut ce "voyage" proposé par Claire-Marie Le Guay, avec une oeuvre loin d'être "facile" et qui nous donne ici encore matière à émerveillement sur le génie du compositeur, aussi improvisateur.
Sachez que le 16 mai 2015, elle jouera des oeuvres de ce compositeur, associées à d'autres de Mozart, Mantovani et Escaich, dans le cadre du Festival de l’Eure poétique et musicale.

Pour écouter
Bach
Concerto italien - Presto
claire- Marie Le Guay, piano
avec l'aimable autorisation
du label
Mirare
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Johann Sebastian Bach (1685-1750)

Partita n°4 en ré majeur
Caprice sur le départ de son frère bien aimé
Suite anglaise n°1 en la majeur
Toccata en do mineur

Rémi Geniet, piano

C'est aussi un voyage/portrait que le pianiste Rémi Geniet, nous propose dans cet enregistrement, également paru sous le label Mirare, et où l'on retrouve le Caprice sur le départ de son frère bien aimé, enregistré par Claire-Marie Le Guay ( voir ci-dessus) , ce qui nous laisse imaginer la liberté que laisse le label aux pianistes dans leur choix de programme, une grande chance pour eux ! Le pianiste, qui est à peine plus âgé que Bach lorsqu'il la composa, y met beaucoup de tendresse et transmet une émotion particulièrement touchante. Il a la chance d'avoir enregistré ce premier disque dans l'exceptionnel théâtre auditorium de Poitiers, et le son est de plus exceptionnel, une réverbération qui prolonge l'émotion.
Interrogé l'année dernière sur son répertoire de prédilection ( voir ici l'entretien) , Rémi Geniet citait notamment Bach et les partitas qu'il travaillait... c'est la quatrième qu'il a choisie pour ce premier disque, un disque crucial dans le parcours d'un pianiste. En fait une oeuvre qui l'accompagne depuis plusieurs années et qui lui a porté chance puisqu'il l'a joué lors du concours Reine Elisabeth de Belgique, dont il été lauréat en 2013. C'est "sans doute la plus opératique avec son lever de rideau : son ouverture à la française, et son éclat orchestral. Partita la plus brillante du recueil" selon l'auteur du livret. Certains la considèrent même comme la plus belle des six... quoi qu'il en soit de tonalité majeure , elle fait partie des oeuvres les plus enjouées du compositeur, même dans l'aria et la lente Sarabande, et on est loin du sentiment d'émotion présent dans le Caprice, chacune de ces danses apporte joie ou sentiment de sérénité.
Rémi Geniet, a ajouté à ce programme , la première suite anglaise, que l'on trouve sur le disque de Piotr Anderszewski, également présenté au début de cette page, il s'est par contre fié à la partition révisée ( les deux courantes et leur doubles, soit en fait quatre courantes), et il fait preuve quant à lui d'une énergie particulière pour les mener toutes les quatre à destination, et l'auditeur ne s'en lasse aucunement, sans doute porté par les rythmes, ici particulièrement marqués.
Un jeu particulièrement énergique qu'il a choisi de garder aussi pour débuter la Toccata en do mineur BWV911 , que Bach composa à l'âge de 21 ans. Après ce mouvement d'exposition et un adagio, une longue fugue, que vous pouvez écouter plus bas dans cette page, termine cette oeuvre, et ce disque, dans un grand éclat de virtuosité, qui ne peut que donner envie d'écouter encore le pianiste, dans un prochain disque, ou en concert ce qui sera possible pour les lyonnais les 22 mai 2015 et le 20 juin 2015 dans un programme réunissant précisément Bach et Chopin !

Pour écouter
Bach
Fugue extraite de la Toccata en Do mineur BWV 911
Rémi Geniet , piano
avec l'aimable autorisation
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Mirare
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