Louise Farrenc Oeuvre pour violon et piano Laurent Cabasso Gaëtane
Prouvost
Louise
Farrenc
L'oeuvre pour violon et piano
Gaëtane Prouvost, violon
Laurent Cabasso, piano
Le pianiste Laurent Cabasso, lauréat de grands concours
internationaux( Prix Geza Anda de Zurich en 1982, Tokyo en 1983,
finaliste du concours Clara Haskil à Vevey en 1987) prend
à coeur avec la violoniste Gaëtane Prouvost de faire
découvrir des oeuvres du répertoire français
moins connues, ainsi après un précédent disque
consacré à Gabriel Pierné(voir
ici) ils viennent de sortir un disque de l'oeuvre pour violon
et piano de l'injustement méconnue Louise Farrenc(1804-1875)(née
Dumont). Au programme de cet enregistrement deux sonates, dont l'une
d'elle n'avait jamais été enregistrée et des
"Variations concertantes sur une mélodie suisse".
La biographie de Louise Farrenc, incluse dans le livret(rédigée
par Catherine Legras auteur du seul livre à son sujet) montre
combien elle fait exception parmi les rares femmes compositrices
de son époque ainsi elle enseigna le piano au Conservatoire
National de Paris et musicalement : "Elle va s'aventurer
bien au-delà des romances et variations pour piano très
en vogue à l'époque et se tourner résolument
vers des oeuvres ambitieuses, au piano mais aussi en musique de
chambre et et en musique symphonique.En se consacrant ainsi à
la musique instrumentale, Louise se démarque même de
la vie parisienne tournée principalement vers l'opéra,
passage quasi obligé à tout musicien qui veut réussir".
Louise Farrenc, soucieuse avec son mari de diffuser un répertoire
d'une certaine pédagogie réalisa une anthologie de
la musique pour clavier nommée "Le trésor
des pianistes".... C'est aussi un véritable trésor
que Laurent Cabasso et Gaëtane Prouvost ont découvert
plus d'un siècle plus tard et qu'ils offrent aujourd'hui
dans une interprétation à l'enthousiasme communicatif.
Laurent Cabasso a bien voulu répondre aux questions de pianobleu.com
pour présenter cet album. Vous pouvez également en
écouter un extrait avec l'aimable autorisation du label Integral
Classic.
Comment (et quand) avez-vous découvert
les uvres pour piano et violon de Louise Farrenc et quest-ce
qui vous a donné personnellement envie de les enregistrer
?
C'est un peu par hasard, au printemps 2006, alors que je cherchais
des oeuvres de musique de chambre de Louise Farrenc à la
bibliothèque du conservatoire de Strasbourg , dont j'avais
entendu en particulier les très beaux quintettes avec piano,
que je suis tombé sur deux très vieilles partitions:
ses deux sonates pour violon et piano (dans une superbe édition
probablement d'époque) . Gaétane Prouvost et moi même
nous sommes alors réunis rapidement pour les lire et sommes
immédiatement tombés sous le charme de cette musique,
d'une grande élégance, qui semble couler de source,
toujours inspirée et magnifiquement écrite pour les
deux instruments; ce fut un véritable coup de coeur, et l'envie
de faire partager cette découverte grâce au disque
nous a paru évidente et urgente tant l'injustice d'un tel
mépris nous a paru criante!
Vous êtes, Gaëtane Prouvost et
vous, les premiers à effectuer lenregistrement de la
1 ère sonate op37 comment expliquez-vous que cette sonate
ait été délaissée (par rapport à
la seconde) ?
Comme je vous le disais, le problème est d'arriver à
tomber sur les partitions, et pour cela, nous avons eu de la chance.
Toutefois les éditions Noetzel (édition allemande,
paradoxalement) ont réalisé récemment un splendide
travail éditorial et la plupart des oeuvres de musique de
chambre de Louise Farrenc sont à présent disponibles.
Ce travail va certainement aider à mieux faire connaître
Louise Farrenc auprès des musiciens. La 2e sonate était
certes déjà enregistrée (nous n'avions hélas
pas réussi à nous procurer cet enregistrement) mais
je reste persuadé que ces oeuvres seront malgré ce
précédent une découverte pour beaucoup de musiciens
et de mélomanes, comme elle le fut pour nous.
Plus généralement comment
sexplique que cette compositrice ait elle-même été
longtemps ignorée alors que la presse de époque avait
bien accueilli ces oeuvres . Ne trouvez vous pas paradoxal quelle-même
qui a voulu contribuer à la diffusion dun répertoire
ait ainsi disparue pendant de longues années des répertoires
des pianistes ?
Effectivement, Louise Farrenc était une musicienne très
respectée, aimée et par ailleurs souvent jouée
de son vivant. Elle contribua activement à la connaissance
du répertoire puisqu'elle entreprit avec l'aide de son mari
Aristide Farrenc de réaliser une anthologie en 23 volumes
du répertoire pour clavier, du XVIe au XIXe siècle.
Sa production en tant que compositeur était vraiment riche:
3 symphonies, 2 Quintettes avec piano, un Nonette, plusieurs trios,
de nombreuses oeuvres et études pour piano etc...; rappelons
qu'elle fut également un professeur réputé
au Conservatoire de Paris. Est ce à cause d'une certaine
misogynie ambiante qu'elle tomba par la suite dans l'oubli? C'est
probable; gageons que l'avenir réparera cette injustice.
En quoi les deux sonates vous semblent-elles
proches de lesthétisme germanique ?
Il nous a semblé évident, à la lecture de
ces partitions que si influence il y a, celle ci vient plutôt
du côté de Mozart, Schubert, ou encore, Mendelssohn,
Weber ; n'oublions pas qu'elle fut au Conservatoire de Paris l'élève
en classe d'harmonie et de composition de Reicha (qui approcha Beethoven
et Haydn) . Je pense qu'il eut un rôle déterminant
dans sa formation. On ressent un très grand souci de la forme
dans cette musique. Elle part souvent d'idées simples, mais
la qualité de ses développements, son sens de l'architecture
et des modulations y sont admirables.
Quavez vous trouvé d'inventif
pour le piano dans les Variations concertantes sur une mélodie
suisse ?
Les variations concertantes n'ont rien de particulièrement
révolutionnaire. On ne peut d'ailleurs pas dire que L.F.
fut une compositrice "révolutionnaire" comme le
furent Beethoven, Schumann, ou Liszt. (Ca n'enlève d'ailleurs
rien à sa valeur et à son intérêt musical!)
Ce sont des variations d'un caractère plutôt brillant,
qui fait la part belle au piano; le thème en est charmant,
sans prétention; c'est ce qu'elle en fait qui est intéressant,
amusant. Chopin et Schubert semblent rôder ici et là,
comme des fantômes!
Avez-vous également eu loccasion
de jouer ses uvres pour piano seul, quen pensez-vous
et aimeriez vous enregistrer dautres uvres de cette
compositrice ?
Je n'ai pas encore eu le temps de tout explorer, mais je serais
heureux bien entendu de continuer à contribuer à la
découverte de ses oeuvres dans l'avenir. Il me semble que
la qualité de sa production dans le domaine de la musique
de chambre est vraiment exceptionnelle; peut être encore supérieure
à sa production pianistique.
Avant ce disque vous aviez sorti un disque
duvres de Gabriel Pierné en duo avec Gaétane
Prouvost , le duo piano/violon est-il une formation que vous appréciez
particulièrement ?
J'ai une véritable passion pour la musique de chambre;
j'ai été particulièrement heureux du travail
de découverte entrepris avec Gaëtane autour des oeuvres
de Farrenc et de Pierné (il y avait ici aussi plusieurs "créations"
au disque) . C'est un peu une mission pour nous interprètes
que d'essayer de faire vivre ces répertoires oubliés,
aux côtés du grand répertoire.
Avez-vous eu souvent loccasion de
jouer ces uvres avec Gaétane Prouvost en concert ou
au contraire les organisateurs de concerts hésitent-ils à
les programmer ?
Nous avons joué un trio de Farrenc l'an dernier. Les organisateurs
sont souvent heureux de découvrir de nouveaux répertoires.
Nous les y incitons.
Et pour les y inciter....espèrons qu'ils écoutent
ce mouvement : Finale.Allegro vivace de la sonate n°1 utilisez ce lecteur, cliquez sur le triangle
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